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Blason de la Maison BOUCHARD PÈRE & FILS
support & têtes de loup - 1942 à 2017 -

 

Armes de la famille MAUFOUX

 

 

 



Jean-François MAUFOUX
1723 - 1800
( collection particulière )

 

Jeton de présence du Maire élu du Tiers au Etats en 1775

 

 



Jean-Baptiste MAUFOUX
abbé de Plaimpied
1727 - 1789-90

( collection particulière )

 

Théodorine MAUFOUX
1728 - 1827

( collection particulière )

      
Les mariés de l'an 1782
Antoine-Philibert-Joseph BOUCHARD  &  Rose-Judith-Théodorine DECHAUX
1759 - 1860                                      1760 - 1843

( collection particulière )

 

 

 



Blason original de la Maison BOUCHARD PÈRE & FILS
support & têtes de loup -
1859 -

Blason
BOUCHARD PÈRE & FILS

« De gueules à un chevron d'or, accompagné en chef
de deux étoiles d'or
et en pointe d'un arbre arraché d'or » 

- Supports, deux têtes de loup posées de front -

Ce blason est pratiquement identique à celui de la famille MAUFOUX, ses armes d'origine sont :

« D'argent à un chevron d'azur, accompagné en chef de deux étoiles de sable et en pointe d'un arbre arraché de sinople »

L'histoire de son utilisation par la famille BOUCHARD et la maison de vins BOUCHARD PÈRE & FILS remontent au 18°, 19° et ...20° siècle, en voici l'histoire.

Gaspard MAUFOUX (°1691 †1763), marchand drapier, Echevin de Beaune élu le 28/06/1725, et sa femme Nicole COUTURIER (°1699 †1772) demeurant à Savigny-les-Beaune, ont eu sept enfants dont quatre moururent en bas âge et  trois survécurent, deux fils  et  une fille ; Jean-François  (°1725 †1800) ; Jean-Baptiste (°1727 †1791) ; Théodorine (°1728 †1827).

Jean-François MAUFOUX, naquit à Beaune le 19 mars 1725, il reçut le titre de docteur en médecine à Montpellier en 1744 ce qui lui permit de prêter serment et d'exercer à Beaune en 1746. Le 9 février 1750, Il épouse la veuve Rose Judith Loppin. Il fût élu Échevin de la ville le 29 juin 1756, élu Maire Prévost de Beaune une première fois le 13 novembre 1759, Lieutenant Général de Police à Beaune en 1763. En 1768, il s'opposa vigoureusement au marquis Parigot de Santenay, officier du Roy, écuyer, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis nommé conseiller du roi et lieutenant civil aux bailliage et chancellerie de Beaune, ainsi qu'à certains Élus lors de la « révision du pied de taille ». Accusant les vérificateurs de « vouloir décharger les uns sur les autres », le ministère de par le Prince de Condé, surintendant du domaine royal, lui ordonna le 22 décembre 1768 de démissionner, ce qui fut enregistré par les Élus, mais huit mois après il revint en grâce auprès de ceux-ci et fut réintégré dans ses fonctions et renommé Maire en 1769 sous l'acclamation des habitants.
Lieutenant particulier au baillage de Beaune, élu du Tiers aux États de Bourgogne en 1775, il s'opposa de nouveau à son rival, Parigot de Santenay, qui voulait assister à une assemblée municipale, en priant ce gentilhomme de la noblesse, « exempt d'impôts donc de toute charges publiques, de se retirer », celui-ci n'obtempérant pas il leva la séance au nom de la liberté de la commune. Cette affaire sous le nom de coup « d'Etat de Beaune » qui manifestait la confirmation de l'affranchissement des communes que le corps municipal avait nourri et défendu, fit grand bruit à la veille de la Révolution. Maufoux fut destitué le 22 décembre 1780 à la suite de nouvelles rivalités qui l'opposa aux Élus de Bourgogne.

Lors de la Révolution, réputé suspect durant la Terreur, il fut arrêté et détenu au château de Dijon du 24 septembre 1793 (3 Vendémiaire An II) au 26 février 1794 (8 Ventôse An II), date à laquelle Bernard de Saintes le mit en liberté. Pendant son incarcération l'administration de Saône-et-Loire, le sachant propriétaire de fonds à Chagny, l'inscrivit comme émigré, partisan de la monarchie absolue et de l'Ancien Régime. Le 7 octobre 1794, (16 Vendémiaire An III) sur ses justifications, elle raya son nom ; mais, supposant ensuite l'irrégularité de ses certificats, elle le porta de nouveau sur la liste du 9 frimaire An III (29 novembre 1794) - Maufoux (Jean-François, ex-maire de Beaune ) - et un arrêté du 2 prairial An III (21mai 1795), le déclara définitivement émigré.
Après la chute de Robespierre le 28 juillet 1794 et la fin de la Terreur, il adressa une réclamation le 14 brumaire an III (4 novembre 1794), le département renvoya l'affaire au district de Beaune qui raya le nom de Maufoux le 22 nivôse (11 janvier 1795), et dont la décision fut confirmée le 24 thermidor (11 août 1795) par le comité de législation.
Il décéda la 2 septembre 1800 à Chalon-sur-Saône.

On lui doit un certain nombre de réalisations d'urbanisme et d'assainissement dans Beaune avant la Révolution : la porte St. Nicolas, la porte Bretonnière (démolie en 1871), le percement de la rue Maufoux, la promenade des buttes, le Rempart des Dames et des Lions, l'éclairage public des rues au moyen de réverbères et lanternes. Son projet d'alimenter la ville en eau potable par un système de canalisation qui puise l'eau de l'Aigue ne fut réalisé qu'au milieu du XIXe siècle avec l'installation de bornes fontaines par Alfred de Vergnette de la Motte. Il avait même établi à Beaune une manufacture et une filature de coton, ce qui avec tous ces travaux avait procuré du travail et des ressources aux pauvres dans ces temps pénibles. (Ref. Rossignol, Histoire de Beaune, p. 461)

Jean-Baptiste MAUFOUX, naquit à Beaune le 17 avril 1727, il fut le dernier Abbé de l'abbaye de Plaimpied, située à 10 kilomètres au sud-est de Bourges sur la commune de Plaimpied-Givaudins.
La dernière personne qui vit l'Abbé le rencontra sur un des ponts de Bourges, l'Abbé avait l'air en fuite d'après des informations données par le curé de l'abbatiale de Plaimpied à Joseph Bouchard. On ignore la date de son décès.
Cela se serait passé pendant les premières décisions révolutionnaires contre le clergé, fin 1789 et durant l'été 1790, avec la suppression en août 1789 de la dîme privant le clergé d'une partie de ses ressources, la nationalisation le 2 novembre sur proposition de Talleyrand, évêque d'Autun, des biens de l'église les transformant en biens nationaux, et enfin l'abolition des vœux de religion et la suppression des ordres religieux dès février 1790. Le 11 avril 1790, les électeurs élirent comme premier évêque constitutionnel de Bourges, Pierre Anastase Torné, un ancien prédicateur du roi et auteur de plusieurs études sur les nécessités de la Révolution. Cette élection et l'obligation de prêter serment à la Constitution civile du clergé adoptée le 12 juillet et ratifié par le Roi en août 1790 accentua les tensions à Bourges avec les abbayes environantes suite à l'opposition de son archevêque en place, Mg de Puységur qui, refusant de prêter serment, s'enfuit et alla se réfugier à Londres.

Considéré comme « vrai révolutionnaire », l'arrivée en grand apparat à Bourges le 8 mai 1791 du nouvel évêque, Mg Torné, fut l'occasion d'une grande fête dans la ville.

Théodorine MAUFOUX, née le 30 octobre 1728 à Beaune, décédée le 2 février 1827 à Dijon, mariée à Bernard DECHAUX (°1719 † 1790), Docteur en médecine à Dijon, eut quatre enfants ; François Théodore DECHAUX (°1752 1800), médecin à Dijon ; l'Abbé Bernard Gaspard DECHAUX (°1754 1839), Chanoine de Bourges ; Jean-Baptiste Marie Bernard DECHAUX (°1755 1849), Avocat, lecteur bibliothécaire et traducteur des œuvres de Gustave III Roy de Suède, Précepteur de Gustave IV, Chevalier de l'Ordre Royal Suédois, Conseiller honoraire à la Cour d'appel, marié avec la " petite suédoise ", Marie Henriette LUMBOUR ; et une fille, Rose Judith Théodorine DECHAUX (°1760 † 1843) qui épousa le 22 octobre 1782 à SAVIGNY-LES-BEAUNE, Antoine-Philibert-Joseph BOUCHARD (°1759 †1860), dit " le Centenaire " dans la famille.


C'est par cette union que le blason de la famille MAUFOUX arriva dans la famille BOUCHARD et fut utilisé au début du XIX° siècle par la Maison BOUCHARD PÈRE & FILS comme emblème à usage commercial. Seules les deux têtes de loup furent rajoutées par la suite dans la seconde moitié du XIX° siècle par Bernard BOUCHARD (°1784 †1866), second fils d'Antoine-Philibert-Joseph BOUCHARD.

D'après le livre de bord de Julien BOUCHARD (°1833 †1921) - fils cadet de Bernard BOUCHARD -, ces têtes de loup furent dessinées par le dijonnais Louis Pierre Gabriel Bernard Morel-Retz (°3/6/1825 † 5/9/1899), célèbre caricaturiste de la fin du Second Empire à la III° République, qui prit le pseudonyme de STOP, nom de son propre chien.



Stop, Morel-Retz,
par Paul Emile Pesme en 1860
épreuve sur papier albuminé contrecollée sur carton
© Musée D'Orsay

En 1997 - 1998, Marc Plantegenêt, étudiant en troisième cycle à l'Université de Bourgogne à Dijon, en vue de l'obtention de son Diplôme d'Etudes Approfondies en histoire, écrivait au sujet du blason dans son mémoire sur « LA MAISON BOUCHARD PÈRE & FILS ET SES DOMAINES »(1) :

« Il est intéressant de prendre en considération les deux têtes de loup qui entourent ce blason. Pensant que la signification de ces emblèmes était connue, il fut surprenant que l'origine de ceux-ci était obscure »....

L'origine de la présence des deux têtes de loup rajoutées sur le blason et dessinées à l'origine par STOP est maintenant connue.

Tout d'abord, la présence de deux têtes de loup posées de front au support d'un blason signifie d'après les termes héraldiques du blason utilisé par son possesseur qu'il était lieutenant de louveterie. Institutionnalisé par Charlemagne dès l'an 813, le titre de « louvetier du roi » est officialisé en 1308 et était l'attribution par le roi, dans l'ancien régime et les offices de cour, de la charge de « Grand louvetier » à des nobles qui prêtaient serment de fidélité entre les mains du roi et qui choisissaient leurs lieutenants, officiers publics bénévoles et assermentés réputés les plus aptes par la connaissance du territoire, de ses habitants et de la faune, pour avoir le privilège d'effectuer des battues de destruction des loups dans les forêts royales afin de lutter contre leur ravage. Ceux-ci étaient très fréquents dans la région beaunoise du XV° siècle jusqu'aux grandes famines au XVII° siècle où ils rentraient même dans la ville à l'intérieur des remparts et au XVIII° siècle où ils rodaient encore dans les campagnes. Ce privilège de chasser dans toutes les forêts a été abrogé par Louis XVI en 1787 puis repris par Napoléon 1er en 1804 et encadré par la suite par un règlement très précis sous l'inspection et surveillance des agents forestiers à la demande du préfet uniquement dans les forêts de l'État.

Ensuite, ces têtes de loup ont bien été rajoutées par Bernard Bouchard sur l'emblème de la maison en 1859, pour marquer le double centenaire de son grand-oncle maternel, Jean-François MAUFOUX, qui en 1759 était conseiller du roi, maire prévôt fort réputé de Beaune, puis lieutenant général de police et lieutenant de louveterie, mais aussi en mémoire de son père Antoine-Philibert-Joseph, beau-fils de Théodorine MAUFOUX, sœur de Jean-François, né en cette même année de 1759, et qui décédant le 27 janvier de l'année 1860, à l'âge de 100 ans 9 mois et 24 jours, deviendra « Le Centenaire » de la famille. En 1780 à la veille de la Révolution, la Maison BOUCHARD PÈRE & FILS n'utilisait pas encore ce blason pour son courrier mais deux cachets de cire avec initiales seules et plus tard avec cachet de cire et blason uniquement sans support et têtes de loup, jusqu'à l'apparition du timbre postal en France dans les années 1850.

 



Blason de la maison BOUCHARD PÈRE & FILS
support & têtes de loup dessinés par Louis Pierre Gabriel Bernard MOREL-RETZ, dit
STOP, en 1859

Puis, le dessin de ces têtes de loup avec leur support a fait l'objet d'un nouveau projet au XX° siècle à l'occasion d'une période tragique pour la France et très peu glorieuse de notre histoire familiale qui a longtemps été cachée et que je dévoile aujourd'hui, preuves historiques à l'appui.

 


Blason de la maison BOUCHARD PÈRE & FILS
support & têtes de loup
redessinés en 1942

En effet, ces têtes de loup et leur support dessinés par un caricaturiste du XIX° siècle ont pris une toute autre dimension historique en étant entièrement redessinés en 1942 durant la période d'occupation nazie à Beaune dans des conditions et symbolisme assez troublants.

Un inventaire du fonds d'archives de la Maison BOUCHARD PÈRE & FILS a été fait en avril et juin 1996
(2)
à la demande de Monsieur Joseph Henriot acquéreur en 1995 de l'entreprise familiale avec tout son domaine et nouveau président directeur général qui souhaitait auditer ce fonds extraordinaire que possède la maison et particulièrement ses archives familiales. Avec son autorisation en décembre 2012, des documents exceptionnels de ce fonds du XVIII° au XX° siècle ont été mis à ma disposition pour mes recherches ainsi que son livre d'inventaire. Celui-ci recense les pièces d'archives classées avec leur mention et des notes permettant de les identifier. Certaines participent à l'histoire de ce blason et doivent être analysées.

DOCUMENTS PROVENANT DU COFFRE-FORT

Collection d'étiquettes anciennes: XIXème- XXème siècles. (2)
[ mention ] :

           ==> « En 1942, les loups situés sur le blason tirent la langue et sont menaçants, mention « étiquette destinée à la Wehrmacht »
, l'étiquette et la collerette sont noires »


           ==> « En 1946, les loups redeviennent comme avant ou sont ( absents -NDLR) et il ne subsiste que le blason des Maufoux ....»

XIX. DOSSIER N°16.

Lettre d'un officier allemand, Adolph Segnitz, de Brême à François Bouchard qu'il appelle « son ami » : 28 juillet 1946 (2)

[ mention ] :

           ==> « Lettre amicale provenant d'un Allemand qui protégea B.P.F pendant la guerre »

 

Lors de la Seconde Guerre mondiale ;

« dès l'été 1940, dans le cadre de la convention d'armistice et des accords de Wiesbaden, la France est désignée premier fournisseur agricole du Reich,... le vin représente en effet très tôt pour les autorités nazies un butin de choix (*), et une denrée stratégique... Par ailleurs, produits de luxe pour une clientèle allemande d'exception...(3) Particulièrement recherchés sur la table des plus grands dignitaires allemands,(4) ces vins fins représentent une valeur précieuse ..des biens rapidement monnayables sur les marchés internationaux et le vecteur d'activités mondaines soutenues par le puissant système de gratification et de corruption nazi... » (5)
                    
 (*)
dévaluation du franc en 1940 : 20 francs pour 1 Reichsmark qui ne valait en réalité pas plus de 10 à 12 francs.
(6)

Les négociants, principaux collecteurs des vins des propriétés, deviennent dès lors leurs interlocuteurs privilégiés ; « ...à partir d'octobre 1940, les autorité allemandes dépêchent Friedrich Doerrer, [ "Importbeauftragter" ou délégué autorisé par le Reich pour les achats de vins français ],... puis Adolf Segnitz à partir de février 1942... Ceux-ci obtiennent d'être "épaulés" par le Syndicat des Négociants en Vins fins de Bourgogne à Beaune -SNVB-, dont l'administration et l'organisation leur fournissent une structure indispensable parce qu'anciennement établie et rassemblant une grande partie des négociants patentés de la région... Le syndicat devient durant près de quatre ans, pour les services allemands, l'intendance administrative et le précieux relais chargé de jouer le rôle d'intermédiaire entre les commandes de l'acheteur officiel et les propositions des négociants. Une commission des affaires allemandes y est créée... » (7)


François Bouchard, de la 7ème génération, quatrième petits-fils d'Antonin Bouchard lui-même second fils de Bernard Bouchard, en tant que cadet gère avec ses deux autres frères, Bernard Antonin l'aîné et Antonin Victor le second, la Maison BOUCHARD PÈRE & FILS transformée en SARL en 1929, et se trouve être aussi dès janvier 1941 et durant toute la période de guerre, Président de ce Syndicat des Négociants en Vins de Bourgogne, rebaptisé Syndicat des Négociants en Vins fins de Bourgogne en 1942.

==> « En 1942, les loups situés sur le blason tirent la langue et sont menaçants. » (2)

Les têtes de loup situées de part et d'autre sur le nouveau dessin du blason, emblème de la maison, montrent à partir de cette date de 1942 les crocs et tirent la langue avec férocité et agressivité contrairement à ceux dessinés par STOP.

 

Les étiquettes des millésimes de cette période portent

la
« mention « étiquette destinée à la Wehrmacht », l'étiquette et la collerette sont noires. » (2)

Ces étiquettes étaient bien « destinées à la Wehrmacht » d'après les livres de commandes et plusieurs de leurs bons dûment constatés lors de l'inventaire et audit, ce qui a permis pour les identifier dans ce dossier de mettre cette note. Les étiquettes et les collerettes « sont noires », couleur de cérémonie des uniformes SS !

Le Commandement militaire allemand en France et l'administration pour la vente des vins dans la MBF « Militärbefehlshaber in Frankreich » avait ordonné aux négociants que sur chaque bouteille livrée à l'Allemagne les étiquettes soient estampillées à l'encre rouge avec la mention « Für die Deutsche Wehrmacht » [ « Pour l'armée allemande » ], ou « Wehrmacht Marketenderware - Verkauf Im Freien Handel verboten » [ « Réservé à la Wermacht - Achat et Revente Interdits » ], afin que ces bouteilles ne puissent être revendues dans le commerce. Nous n'avons aucune information pour savoir si la Maison BOUCHARD PÈRE & FILS imprimait en plus cette mention en rouge sur ses étiquettes en noire faites tout particulièrement pour la Wehrmacht.

 


collerette imagée en noire...

Lettre d'un officier allemand, Adolph Segnitz, de Brême à François Bouchard qu'il appelle « son ami » : 28 juillet 1946

==>
« Lettre amicale provenant d'un Allemand qui protégea B.P.F pendant la guerre » (2)

                   
François Bouchard (1895 - 1982)  et  « l'ami »   Adolph Segnitz (1881-1966)

1942-1944, « war Adolph III als Importbeauftragter des Reiches in Beaune tätig und für Weinbauregionen Burgund, Rhône und Provence zuständig. "Durch seinen gerechten und fairen Umgang mit den französischen Winzern und Landsleuten, gewann eine hohe Achtung und Akzeptanz." »   [ http://www.segnitz.de/cms/historie/ - 2016 - ]

La question que l'on peut se poser sur ces révélations est la suivante : Y a-t-il eu une relation d'amitié et de connivence entretenue avec Adolph Segnitz pour plaire à l'armée d'occupation nazie et faire de lucratives affaires durant cette période, ce qui aurait poussé à modifier le blason familial choisi comme emblème de la maison depuis 1859 ?

Les liens commerciaux de négociant qui unissaient la Maison BOUCHARD PÈRE & FILS aux SEGNITZ représentant une grande maison allemande de négoce de vins de Brême avant la guerre sont certains ; la famille SEGNITZ avait aussi été propriétaire de vignobles en France au début du XX° siècle. Ils avaient racheté en 1912 le Château Chasse-Spleen en Bordelais, celui-ci leur fut confisqué en 1918 en tant que dommage de guerre, mais après guerre, redoutables marchands ils renouèrent vite leurs relations d'affaires avec les nouveaux propriétaires pour redistribuer ce vin dans l'Allemagne du Nord et avaient donc conservé de nombreuses relations avec les grandes maisons de négoce tant bordelaises que bourguignonnes, d'autant que la Maison BOUCHARD PÈRE & FILS avait aussi une succursale à Bordeaux depuis 1849.

Ces liens d'amitié ou de complicité, François Bouchard s'en défendra en novembre 1944 après qu'il fut, avec les représentants du syndicat, interpellé par une enquête de gendarmerie menée dans le cadre d'une procédure judiciaire pour « collaboration avec l'ennemi ».

«
Je précise qu
e Segnitz n'était pas pour nous un inconnu, attendu qu'il est à la tête de l'une des plus importantes Maisons de vins à Brême, et qu'il était le client de beaucoup d'entre-nous bien avant 1914.» [ dixit François Bouchard ] (3a)

« En juin 1941, Friedrich Doerrer est brutalement rappelé par son administration à Berlin..., En Bourgogne..., l'arrivée d'un remplaçant se fait attendre...François Bouchard, président du syndicat du commerce local s'insurge contre cette sanction qui « pénalise lourdement » la Bourgogne viticole. En interpellant ouvertement Heinz Boemers..., responsable du département des vins de la section économique du Reich à Paris, il lui suggère le nom d'Adolf Seignitz, négociant en vins de Brême » (6)

Point d'orgue de cette « collaboration avec l'ennemi » ressentie comme telle à la Libération, Président du SNVB et à la tête des notables de Beaune, il fut plus spécifiquement accusé d'avoir organisé et fait payer par le syndicat un « dîner d'adieu », au Restaurant du Marché à Beaune le 18 août 1944, en l'honneur du délégué du Reich, Adolph Segnitz, « pour le remercier en réalité de sa bonne collaboration durant la guerre et des bonnes opportunités qu'il avait permis auprès des commerçants et des négociants », (8) et cela vingt-et-un jours seulement avant la libération de Beaune par la 1re DB du général Touzet du Vigier, le 8 septembre 1944.

L'argumentation que développa François Bouchard dans sa défense pour cette accusation, faisait partie des précautions d'usage qu'il avait conseillées confidentiellement de prendre à tous les membres du Syndicat dans le cadre des procédures d'enquête qui allaient s'abattre sur toute la profession.

En priorité, il fallait nier toute relation de connivence avec l'ennemi.

Aujourd'hui sa
« Déclaration sur le repas Segnitz » pour sa défense auprès des autorités, dans une justification du commerce avec les Allemands, est remarquablement démontée par Christophe Lucand, professeur agrégé et docteur en histoire, qui, en rassemblant les déclarations de François Bouchard en quatre catégories principales et en les reprenant point par point et contradictoirement, écrit en préambule de cette analyse et par le fait même en conclusion :
« Incontestablement en effet, le représentant du négoce pratique sans doute bien davantage ici l'art de la dérobade et du subterfuge face aux enquêteurs, qu'il ne l'avait fait face à Segnitz » et... que sa défense décrit : « une résistance souterraine menée par les négociants à l'encontre d'un délégué allemand décrit comme fort crédule », l'historien sous-entendant qu'Adolph Segnitz était très loin d'être crédule et n'était pas dupe et que le représentant du négoce agissait en étroite collaboration avec lui.(3a)

Aucune procédure d'instruction judiciaire ne sera engagée; le sous-préfet de Beaune " dans un souci de bienveillance à l'égard des élites marchandes locales, satisfait des explications apportées ", classa très vite cette affaire « sans suite ».(3a)


==> « En 1946, les loups redeviennent comme avant ou sont [ absents -NDLR ] et il ne subsiste que le blason des Maufoux ....» (2)

Il est indéniable que ce nouveau dessin du blason avec ces têtes de loup gênait à la Libération dans la communication de la Maison BOUCHARD PÈRE & FILS parce qu'il avait été fait durant l'occupation nazie. Il avait dès lors été retiré ainsi que les étiquettes et colerettes de couleur noire habillant les bouteilles. D'autant qu'une association de négociants résistants qui avaient renoncé de commercer avec le Reich avait été créée en décembre 1944 à Beaune sous le nom de Groupe Vinicole de Résistance Commerciale (GVRC), rassemblant tous ceux qui « ont été lésés pendant la guerre au profit des maisons ayant travaillé avec l'ennemi ». Il avait été décidé d'adopter des vignettes, appliquées sur les bouteilles, précisant : « NOT A DROP OF WINE SOLD TO THE GERMANS DURING THE WAR » (6)

Par la suite, l'épuration d'après-guerre étant passée, et oubliée dans un souci d'apaisement des tensions et de relance du commerce, ces loups menaçants avec crocs et langue tirée seront curieusement et définitivement repris dès 1947, sur les étiquettes et collerettes cette fois-ci de couleur blanche. François Bouchard, étant toujours à la direction de la Maison BOUCHARD PÈRE & FILS, qui passera en Société Anonyme le 6 avril 1955, Président Directeur Général, il réussira en 1964 à évincer définitivement son frère aîné, Bernard Antonin, qui était contre le changement de ces étiquettes et contre le changement de la SARL en S.A avec l'intégration le 18 août 1955 dans le capital, en fusion acquisition, de la SCI des domaines du Château de Beaune avec tout son vignoble. Claude, fils unique de François Bouchard, succèdera à son père jusqu'à la cession de la maison au groupe HENRIOT en 1995.

 



Blason avec têtes de loup de 1942 sur les grilles des caves avec Christophe Bouchard "gardien de la tradition
..."
Photo Le Bien Public 09.03.2011


Des interprétations bâties autour du retour définitif de ce blason, ont conduit à instaurer un discours très consensuel et bienveillant pour l'officialiser à jamais, en disant qu'il est en adéquation avec la Maison BOUCHARD PÈRE & FILS parce que ces têtes de loup symboliseraient une certaine agressivité dans le cadre de l'activité commerciale de la maison (1).

Ou que ces loups féroces, de prédateurs, seraient devenus protecteurs et auraient gardé durant la guerre et encore de nos jours, la maison, ses caves et son trésor de bouteilles...

Ces assertions sont totalement démenties et en contradiction avec les têtes de loup utilisées à l'origine en mémoire de Jean-François Maufoux, lieutenant de louveterie, qui signifiaient justement qu'il avait la charge de détruire ces animaux qui étaient nuisibles.

Pour mesurer pleinement l'image que ce nouveau message véhicule, il faut aussi le comparer à son pendant exact du XIX° siècle, utilisé sur les anciennes étiquettes avec l
a représentation de loups faméliques, qui, dévorés par la faim, attaquaient le bétail et parfois l'homme, et que les louvetiers mettaient avec honneur à pourchasser et à détruire pour le bien de la population.


Aussi, en reprenant les arguments de défense de François BOUCHARD, certains pourront dire que celles-ci dessinées en 1942 représentaient l'envahisseur et prédateur allemand dont il fallait se protéger ou que l'on devait détruite comme un loup.

Friedrich Doerrer, « l'importbeauftragter », avait été brutalement rappelé à Berlin en 1941. Son remplaçant allemand, Adolph SEGNITZ, ami de François Bouchard, qui connaissait bien la maison et donc les anciennes étiquettes qui habillaient les bouteilles, loin d'être naïf, n'aurait certainement pas pris le risque que ce nouvel emblème et symbolisme sur ces nouvelles étiquettes, qui plus est spécifiques et très caractéristiques de couleur noire, représentant ses congénères comme des animaux nuisibles à détruire, décorent les bouteilles qui devaient être livrées à la Wehrmacht. Si cela avait été le cas, ces loups menaçants représentant l'envahisseur prédateur, la guerre finie, et sortis de Beaune, n'auraient pas été enlevés comme cela a été fait parce qu'ils étaient "gênants" à la Libération en 1945 et en 1946, pour être repris immédiatement à l'amnistie de l'épuration dès 1947.

Juste avant l'arrivée des allemands à Beaune, certaines caves et le caveau renfermant « le musée », en vins et vieux millésimes de la maison, avaient été murés par trois murs pour éviter que cela sonne creux et que l'on découvre leur emplacement. Il est donc indéniable qu'en très bonne entente avec la direction de l'époque, Adolphe Seignitz qui connaissait ce trésor et son camouflage, ne l'avait révélé à ses congénères et, en total accord avec la maison, avait donné son aval à ses nouvelles têtes de loup nazifiées pour habiller les bouteilles de millésimes récents, destinées en toute complaisance à l'armée d'occupation.

Ces interprétations véhiculées jusqu'à nos jours de ces têtes de loup sont donc empreintes d'une véritable mystification, d'une part, suite à leur mise à l'épreuve par le rappel du symbolisme rattaché à l'utilisation de têtes de loup de part et d'autre d'un blason, d'autre part, avec les faits qui se sont déroulés à Beaune durant la période de l'Occupation allemande révélés et analysés aujourd'hui par des spécialistes de l'histoire du monde de la vigne et du vin et, enfin, par ces documents et notes dûment validées dans cet inventaire fait en 1996, au sein même de la Maison BOUCHARD PÈRE & FILS.


Au niveau de la sémiologie, le blason avec ses têtes de loup féroce à l'image des chiens loups utilisés de triste mémoire par les nazis, choisit en fait l'ennemi vainqueur, l'allemand d'occupation avec lequel il s'identifie et lui offre le breuvage réservé contenu dans les bouteilles qu'il habille. Il le fait participer à sa dignité ancestrale et le gratifie par le simple fait qu'il se voit dans ces seuls attributs de puissance associé à la culture familiale pluriséculaire oubliant le symbolisme original ; principe de continuation et de communication choisi uniquement pour les affaires, quoi qu'il advienne, et que l'on va principalement développer avec le conquérant qui est dès lors reconnu par une distinction sociale et politique, dorénavant admise par la soumission et la contrainte.


En héraldique, le blason familial travesti par le symbolisme de ces nouvelles têtes de loup de 1942, est totalement antinomique avec sa pièce centrale honorable qu'est le chevron, représentant depuis les temps les plus reculés, l'attribut de vaillants guerriers qui s'opposent courageusement, fermement et avec constance, pour résister aux ennemis qui envahissent leur pays. Ce qui malheureusement durant cette période de guerre, d'occupation et de pillage organisé par les nazis, en privilégiant l'économie et le profit d'un clan, tant familial que celui de professionnels négociants en vins notoires, fut comme nous venons de le voir très loin d'être le cas
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Nouveau dessin du blason

La direction de la Maison BOUCHARD PÈRE & FILS fait-elle fi de ces informations connues depuis 1996 et rappelées par mes soins en janvier 2017, lors d'une correspondance avec Christophe Bouchard, ancien directeur général de 2010 à 2014 et depuis consultant de la maison ?

Dans le cadre d'une « nouvelle Identité visuelle », dévoilée par communiqués de presse depuis le 6 octobre 2017, concernant la signature et l'habillage des vins, elle communique :

« après une étude approfondie des archives de la maison par Pierre Katz, designer et typographe, qui a imaginé une nouvelle charte pour exprimer le statut de référence en Bourgogne tout en affirmant des valeurs d'excellence et d'hédonisme. Le blason a ainsi été retravaillé avec des formes plus voluptueuses ».

Il a donc été décidé de “ relooker ” le blason, emblème de la maison.
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Blason de la maison BOUCHARD PÈRE & FILS
support & têtes de loup octobre 2017

 

Cette « nouvelle Identité visuelle », touchant dorénavant le blason et son support dans « son expression la plus contemporaine »(10) - “ harry-potterisé ” -, conserve toujours les têtes de loup féroce et agressives, dessinées en 1942 avec crocs et langue tirée, malgrè ce qui en est dit ; « qu'une étude approfondie des archives de la maison » ait été faite ! — Certes dotées d'une toison, parant le blason de « formes plus voluptueuses » pour essayer de  « projeter dans la modernité » ses loups, comme l'affirme aussi avec tout l'art de la communication l'agence Pierre Katz(11), mais pérennisant néanmoins et à tout jamais dans leur nouvelle représentation, cette période sombre rappelée par ces faits qui ont marqué l'histoire de la Maison BOUCHARD PÈRE & FILS et celle de son emblème.

 

 

 

(1) -  Marc Plantegenêt, « LA MAISON BOUCHARD PÈRE & FILS ET SES DOMAINES » : sous la direction de Serge Wolikow , Mémoire de D.E.A. Université de Bourgogne 1997-1998 - A.M Dijon - p.120
(2) - Laure GASPAROTTO, Livre d'inventaire « ARCHIVES DETENUES PAR MONSIEUR CHRISTOPHE BOUCHARD » , AVRIL-JUIN 1996
(3) -  Christophe LUCAND, chargé de conférence à l'Institut d'études politiques de Paris, chercheur-associé au centre Georges Chevrier de l'Université de Bourgogne et membre de la chaire UNESCO
«
Culture et Traditions du Vin » à Dijon,
« Les Négociants en vins de Bourgogne de la fin du XIX° siècle à nos jours » , FERET 2011, p.142 ; 147
(3a)- Ibid, p. 394 à 398
(4) - GARRIER Gilbert, « Vignes et vins dans la Deuxième Guerre mondiale (1939 - 1945) » Revue des Oenologues, n°98 p.35-36

(5) -  D'ALMEDIA Fabrice, « La vie mondaine sous le nazisme », Paris, Perrin, 2006, p.285-288.
(6) - Christophe Lucand, « LE VIN ET LA GUERRE - Comment les nazis ont fait main basse sur le vignoble français », Armand Colin, p.86 ; 127; 146; 307
(7) Christophe Lucand, « Négoce des vins et propriété viticole en Bourgogne durant la Seconde Guerre mondiale », Ruralia , 16/17 | 2005
(8) - Christophe Lucand, « LES RAISINS DE LA GUERRE » , SUNSET PRESSE 2015, http://www.dailymotion.com/video/x4ql0jr ; 15:09 - 15:37
(9) - VITISPHERE.COM « Opération relooking et structuration de gamme chez Bouchard - Jeudi 05 octobre 2017 » , https://www.vitisphere.com/index.php?mode=breve&id=86148#
(10) - 
« BOUCHARD PÈRE & FILS DÉVOILE SA NOUVELLE IDENTITÉ - 12 décembre 2017 » , https://www.bouchard-pereetfils.com/actualites/bouchard-pere-fils-devoile-nouvelle-identite/
(11) -  « BOUCHARD PÈRE & FILS - 2017 » , https://agencepierrekatz.com/fr/project/bouchard-pere-fils/



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